Les jours raccourcissent. Chaque soir, la nuit tombe un peu plus tôt, et bientôt vous rentrerez dans le noir. Vous allumez, et quelque chose en vous s’assoit. Le matin, le réveil sonne avant le jour et votre corps ne comprend pas qu’on lui demande de se lever. La journée entière se déroule sous des néons. Vous faites les mêmes choses qu’en juin, avec deux fois moins de carburant. Cette fatigue hivernale a des bases physiologiques précises, et la première d’entre elles tient en un mot : la lumière. Comprendre ce qui se passe vous aide à traverser l’automne et l’hiver avec plus d’énergie.
En bref
- En hiver, l’intensité lumineuse reçue chute massivement. C’est le signal principal qui règle votre horloge interne, et il se donne surtout par l’œil, le matin.
- La mélatonine est sécrétée plus tôt et plus longtemps, le réveil se fait dans le noir, et le décalage entre l’heure du corps et l’heure sociale s’installe.
- La vitamine D compte réellement, et le statut se mesure. Un complément corrige une carence identifiée, il ne fabrique pas d’énergie.
- La luminothérapie suit des protocoles précis. Elle comporte des précautions et se discute avec un médecin, en particulier si l’humeur est durablement touchée.
Ce que vous vivez quand les jours raccourcissent
Le réveil est plus dur. Pas un peu plus dur : franchement plus dur. Vous repoussez trois fois, vous vous levez en retard, vous démarrez la journée en dette. Le matin passe dans une sorte de brouillard, et l’esprit ne se met vraiment en route qu’en fin de matinée. L’après-midi, il y a ce creux vers 16h qui arrive plus tôt et dure plus longtemps qu’en été. L’envie de sucré monte, franche, précise, souvent tournée vers le pain, les féculents, le chocolat. Le soir, vous vous couchez plus tôt, vous dormez parfois davantage, et vous vous réveillez quand même fatiguée. Il y a aussi ce retrait social que beaucoup de femmes décrivent sans oser le nommer. Moins d’envie de voir du monde, les invitations qui coûtent, la tentation de se replier jusqu’au printemps. La phrase qui revient souvent : « mon corps est ralenti ». Tout cela est multifactoriel, et cela vaut la peine d’être dit tout de suite. Une fatigue hivernale peut avoir une composante lumineuse, et elle peut aussi tenir au fer, à la thyroïde, au sommeil, à une charge de travail qui s’intensifie en fin d’année, ou aux infections qui circulent. La lumière explique une partie du tableau, pas la totalité. Un bilan chez votre médecin garde toute sa place.Ce que la baisse de lumière change dans votre corps
Un ordre de grandeur, d’abord, parce qu’il est spectaculaire. Une journée d’été en extérieur, même à l’ombre, apporte plusieurs dizaines de milliers de lux. Une journée d’hiver couverte en apporte encore quelques milliers dehors. Un bureau éclairé correctement en apporte trois à cinq cents. Votre œil, en janvier, reçoit donc dix à cent fois moins d’information lumineuse qu’en juillet, selon la vie que vous menez. Cette lumière sert aussi à donner l’heure à votre corps. Au fond de l’œil, des cellules spéciales mesurent la quantité de lumière reçue. Elles envoient ce relevé à une petite zone du cerveau qui joue le rôle d’horloge centrale. Imaginez une vieille horloge de gare qu’un employé vient remettre à l’heure chaque matin. Tant qu’il passe tous les jours à la même heure, l’horloge reste juste. S’il passe irrégulièrement, ou trop tard, ou jamais, l’horloge dérive. Elle continue de tourner, mais elle n’indique plus l’heure du lieu où elle se trouve. En hiver, l’employé passe tard et il est pressé. Les conséquences de cette dérive sont concrètes. La sécrétion de mélatonine démarre plus tôt le soir et se prolonge plus tard le matin : votre corps est encore en nuit quand le réveil sonne. Le cortisol, l’hormone qui vous met en route le matin, monte dans le noir et donne un signal moins net. La température interne, qui suit elle aussi ce rythme, remonte plus lentement. Ajoutez la sérotonine, un messager du cerveau qui dépend lui aussi de la lumière reçue. L’humeur, l’appétit et le rythme veille-sommeil partagent en partie les mêmes circuits. Cela éclaire pourquoi l’envie de sucré et la baisse d’élan arrivent souvent ensemble.Le prochain atelier en ligne est gratuit
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Rejoindre la liste d’attenteCe qui entretient la fatigue hivernale
La saison donne le contexte. Ce sont les habitudes qui décident de l’ampleur de la fatigue hivernale. Voici ce qui revient le plus souvent dans mon accompagnement quand l’hiver approche.- La journée entière en intérieur. Parking, bureau, parking, maison. Le seul créneau de lumière naturelle disponible est souvent la pause du midi, celui que la charge de travail grignote en premier.
- Le lever avant le jour. Se lever à 6h30 en décembre, c’est se lever en pleine nuit biologique. Le corps n’a reçu aucun signal de fin de nuit.
- Les écrans du soir. Quand la seule lumière vive de la journée arrive à 22h, le message envoyé à l’horloge est exactement l’inverse de celui dont elle a besoin.
- Les repas décalés et les glycémies en dents de scie. L’heure des repas est un synchroniseur secondaire. Des repas irréguliers brouillent un signal déjà faible, et le lien entre glycémie et fatigue devient très sensible en hiver.
- Le chauffage et l’air sec. Une chambre trop chaude gêne la baisse de température interne nécessaire à l’endormissement.
- La charge de fin d’année. Bilans professionnels, organisation des fêtes, cadeaux, logistique familiale. La demande augmente au moment précis où la ressource baisse.
- Le mouvement qui disparaît. On marche moins, on sort moins, et l’on perd du même coup le signal lumineux et le signal moteur.
La vitamine D, sans l’exagérer ni la négliger
C’est le sujet sur lequel circulent le plus de raccourcis, alors posons-le proprement. J’y consacre d’ailleurs un article complet, vitamine D et moral, dont voici l’essentiel. La vitamine D se synthétise dans la peau sous l’effet des rayons ultraviolets B. Sous nos latitudes, l’inclinaison du soleil fait que cette synthèse cutanée devient très faible de novembre à mars. L’alimentation en apporte peu : poissons gras, jaune d’œuf, produits enrichis. Les carences et les insuffisances sont fréquentes en France. La vitamine D compte réellement. Elle participe à l’absorption du calcium et du phosphore, au maintien d’une ossature et d’une musculature normales, et au fonctionnement normal du système immunitaire. Ce sont des allégations reconnues au niveau européen, et la référence nutritionnelle retenue par l’ANSES pour la population adulte est de 15 microgrammes par jour. Et voici la nuance que je tiens à poser, parce qu’elle change la manière de s’y prendre. Un complément corrige une carence identifiée, il ne fabrique pas d’énergie. Si votre statut est bas et que vous le corrigez, vous retirez un frein. Si votre statut est correct et que vous en prenez quand même, vous n’ajoutez pas d’élan, vous ajoutez une molécule de plus à une liste qui a souvent déjà grandi toute seule. La conduite pratique est simple. On mesure, on ne devine pas. La prise de sang qui mesure la vitamine D est prescrite et lue par votre médecin, qui décide de la supplémentation, de la forme et du rythme. C’est d’autant plus important que la vitamine D est liposoluble : elle se stocke, et les apports très élevés pris sans contrôle exposent à un surdosage réel. Les fortes doses trimestrielles auto-administrées, trouvées en ligne ou conseillées entre amies, sortent complètement de ce cadre. Une remarque de terrain pour finir. Quand une femme arrive épuisée en février avec quatre compléments et une vitamine D bien dosée, la question qui se pose n’est pas la molécule suivante. Elle porte sur le sommeil, les protéines du matin, la lumière reçue avant 10h et la charge réelle de la journée.Luminothérapie et saisonnalité de l’humeur
Chez certaines personnes, l’humeur baisse nettement chaque automne et remonte au printemps. Les médecins parlent alors de dépression saisonnière. Elle touche davantage les femmes, davantage les latitudes élevées, et elle se caractérise par des épisodes qui débutent à l’automne et cèdent au printemps, avec souvent une augmentation du sommeil et de l’appétit pour les glucides. Se sentir ralentie en hiver est fréquent. Si l’humeur reste basse plusieurs semaines, si l’envie a disparu, si les journées deviennent difficiles à traverser, la démarche juste est de consulter votre médecin. Dans cette indication, la luminothérapie est le traitement de référence, avec un protocole précis : une lampe délivrant environ 10 000 lux, placée à distance du visage selon les indications du fabricant, utilisée le matin, sur une durée d’environ trente minutes, en début de journée. Les précautions comptent. Un avis médical est nécessaire en cas de maladie de la rétine, de pathologie oculaire, de diabète avec atteinte oculaire, ainsi qu’en cas de traitement photosensibilisant, certains antibiotiques, certains antidépresseurs, certains diurétiques ou le millepertuis. Un avis spécialisé est requis en cas de trouble bipolaire. Des effets indésirables sont rapportés : maux de tête, irritation oculaire, agitation, et un usage trop tardif dans la journée peut décaler le sommeil dans le mauvais sens. Pour la grande majorité des femmes que j’accompagne, la question ne se pose pas dans ces termes. La lumière du dehors, même par temps gris, reste plus intense qu’une lampe d’intérieur, elle est gratuite, et elle vient avec le mouvement. C’est par là que je commence.Les repères concrets pour l’automne et l’hiver

- Sortir dans l’heure qui suit le lever. Dix à vingt minutes dehors, sans lunettes de soleil, même sous un ciel couvert. En décembre, quand le jour se lève après votre réveil, le créneau glisse simplement à la première pause possible.
- Se placer près d’une fenêtre pour travailler. Un mètre de distance change beaucoup l’éclairement reçu, dans un sens comme dans l’autre.
- Sortir à midi, même douze minutes. Le tour du pâté de maisons vaut mieux que le déjeuner avalé devant l’écran. Marcher ajoute un second signal au premier.
- Garder une heure de lever stable, y compris le week-end. L’écart du samedi coûte plus cher en hiver qu’en été.
- Baisser la lumière après 21h. Lampes basses, écrans réduits, luminosité diminuée. Le contraste entre le jour et le soir est aussi important que la quantité totale.
- Un petit-déjeuner qui tient. Une entrée protéinée le matin stabilise la matinée et réduit l’appel au sucré de 16h.
- Un seul glucide par repas. Le principe vaut toute l’année et se sent particulièrement l’hiver, quand les repas se chargent en féculents.
- Bouger doucement plutôt qu’intensément. Sur un corps déjà à plat, une séance intense ajoute une demande. La marche, les étirements et le travail respiratoire apportent davantage.
- Garder un lien avec l’extérieur. Le contact avec la nature, même urbaine, même bref, reste un soutien précieux de la régulation nerveuse.
- Une chambre fraîche. Le chauffage poussé en décembre gêne l’endormissement plus souvent qu’on ne le pense.
Quand se faire accompagner
Vous pouvez commencer seule avec les repères ci-dessus, et pour beaucoup de femmes cela suffit à passer l’hiver autrement. Un accompagnement devient utile quand la fatigue hivernale ne cède plus au printemps, quand elle dure depuis plusieurs saisons, quand vous vous réveillez fatiguée même après une longue nuit, ou quand vous avez déjà essayé beaucoup de choses sans que rien ne tienne. Dans mon accompagnement, je regarde l’ensemble : l’alimentation, le mouvement, le sommeil et l’équilibre nerveux. La saison est un paramètre parmi d’autres, et l’hiver révèle surtout ce qui était déjà fragile. Si vous vous levez déjà épuisée en juin, la question dépasse la lumière, et j’en ai parlé dans l’article sur le réveil fatiguée après huit heures de sommeil.Questions fréquentes
La fatigue hivernale est-elle normale ?
Un ralentissement saisonnier est physiologique : la baisse de lumière modifie le rythme circadien. Ce qui mérite attention, c’est une fatigue qui s’aggrave, qui ne cède pas au printemps, ou qui s’accompagne d’une humeur durablement basse. Dans ces cas, parlez-en à votre médecin.Faut-il prendre de la vitamine D tout l’hiver ?
La question se tranche sur un dosage sanguin, pas sur la saison. Votre médecin prescrit le dosage, l’interprète et décide de la supplémentation, de la forme et du rythme. La vitamine D se stocke, et les fortes doses prises sans contrôle exposent à un surdosage.Une lampe de luminothérapie remplace-t-elle la lumière du dehors ?
Non. La lumière extérieure, même par ciel couvert, reste plus intense qu’un éclairage intérieur et s’accompagne de mouvement. La luminothérapie répond à une indication précise, comporte des contre-indications oculaires et médicamenteuses, et se discute avec un médecin.Pourquoi ai-je tellement envie de sucre en hiver ?
L’appétence pour les glucides augmente souvent avec la baisse de lumière. S’y ajoute la fatigue, qui pousse le corps vers l’énergie la plus rapide. Un petit-déjeuner protéiné et des repas réguliers réduisent nettement cet appel.Dormir plus longtemps suffit-il à compenser ?
Rarement. Allonger la nuit sans changer l’heure du lever ni l’exposition lumineuse du matin entretient le décalage entre l’heure du corps et l’heure sociale. La stabilité de l’heure de lever et la lumière matinale pèsent souvent davantage que la durée totale.Vous aimeriez savoir par où commencer, pour vous ?
Réservez un entretien découverte de 20 à 30 minutes. C’est gratuit et sans engagement. Nous faisons le point sur votre situation et je vous dis ce qui me semble le plus utile à mettre en place en premier pour traverser cet hiver sans subir votre fatigue hivernale.
Réserver mon entretien découverte gratuitCet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. Parlez-en à votre médecin avant tout changement, en particulier si vous suivez un traitement.
Sources
- ANSES, références nutritionnelles en vitamines et minéraux, vitamine D, anses.fr.
- ANSES, avis relatif aux risques liés au surdosage en vitamine D chez le nourrisson et à l’usage des compléments alimentaires.
- National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements, fiche Vitamin D, ods.od.nih.gov.
- Inserm, dossier Chronobiologie, les 24 heures chrono de l’organisme, inserm.fr.
- Berson D.M., Dunn F.A., Takao M., « Phototransduction by retinal ganglion cells that set the circadian clock », Science, 2002.
- Rosenthal N.E. et coll., « Seasonal affective disorder. A description of the syndrome and preliminary findings with light therapy », Archives of General Psychiatry, 1984.
- Pjrek E. et coll., « The efficacy of light therapy in the treatment of seasonal affective disorder: a meta-analysis of randomized controlled trials », Psychotherapy and Psychosomatics, 2020.