L’angoisse est une expérience profondément humaine, parfois envahissante, souvent incomprise. Elle prend mille formes : paniques, TOC, peur de parler en public, appréhension diffuse… Pourtant, comme le montre le Dr Philippe Presles, médecin et psychothérapeute, il est réellement possible d’en guérir.
Son livre Guérir ses angoisses en six séances propose une approche simple, moderne et étonnamment efficace, fruit de son parcours personnel et de décennies de pratique thérapeutique.
Dans un échange passionnant avec le philosophe Fabrice Midal, il dévoile la mécanique de la peur et des outils concrets pour transformer durablement notre rapport à l’angoisse. Voici les enseignements majeurs.
1. L’angoisse n’est pas une fatalité, mais un “bug” du cerveau
L’idée centrale du Dr Presles est presque libératrice :
« Le cerveau ne distingue pas le réel de l’imaginaire. »
Une simple pensée du type « et si je faisais un malaise ? » peut être interprétée comme une menace, déclenchant une décharge d’adrénaline… et donc tous les symptômes de l’angoisse : boule au ventre, palpitations, mains moites, vertiges, impression de danger imminent.
Ce n’est ni une fragilité personnelle, ni un signe de maladie grave, ni un événement de l’enfance mal digéré : c’est un défaut de réactivité du système d’alerte.
Notre système nerveux veut juste nous rendre service ! L’angoisse est le fruit d’une interprétation, de la façon dont on vit les choses dans notre monde intérieur. Nous avons le pouvoir de modifier cela.
Comprendre cela est déjà thérapeutique : il n’y a rien de “caché” à interpréter, rien à fouiller dans le passé.
2. Pourquoi la plupart des approches échouent ?
Selon Presles, beaucoup de personnes passent des années à :
- Chercher à comprendre l’origine de leurs crises
- Soulager les symptômes par des médicaments
- Éviter les situations anxiogènes
Ce cercle vicieux entretient l’angoisse.
La psychanalyse, qu’il a lui-même expérimentée pendant cinq ans, ne l’a pas aidé à apaiser ses paniques. Il explique ce long détour dans son entretien avec Fabrice Midal.
3. Les thérapies modernes : un tournant majeur
Le Dr Presles puise dans :
✔️ Les TCC (thérapies cognitivo-comportementales)
- exposition progressive
- habituation
- techniques de relaxation
Elles l’ont aidé à reprendre l’avion en trois séances.
Mais l’angoisse persistait en toile de fond.
✔️ Les thérapies de “troisième vague” : ACT et flexibilité psychologique
C’est la découverte décisive.
L’ACT (Acceptance and Commitment Therapy) repose sur :
- l’ouverture à l’expérience interne
- la non-lutte
- la clarification de ce qui compte pour soi
- la diffusion cognitive (défusion) : apprendre à se désidentifier des pensées anxieuses.

C’est ce principe qui lui a permis de guérir définitivement ses paniques, comme dans un avion, lorsqu’il s’adresse à « Panique » pour lui dire : « Vas-y, fais ce que tu veux ».
4. Le cœur du livre : changer le “film intérieur”
Pour Presles, tout se joue dans le monde intérieur.
Nous ne pouvons pas empêcher une pensée d’exister, mais nous pouvons changer notre manière d’y répondre.
🌟 La diffusion : une technique simple et révolutionnaire
Elle consiste à désamorcer la pensée anxieuse en la mettant à distance, en la rendant moins crédible pour notre cerveau.
Exemples donnés dans le dialogue :
- imaginer la scène sous un angle absurde
- donner un nom à sa peur (Panique, Gluante, Nikita…)
- lui parler comme à un personnage
- chanter la pensée anxiogène
- la dire dans une autre langue

Ces techniques paraissent ludiques mais reposent sur des recherches solides en psychologie expérimentale. Elles perturbent le mécanisme automatique de l’alerte et “bernent” le détecteur de menace.
Les neurosciences confirment que modifier le sens attribué à une pensée modifie instantanément la réponse émotionnelle.
5. Arrêt sur image : l’outil qui change une vie
L’un des enseignements les plus puissants du livre est l’idée d’arrêt sur image.
Presles explique : tant qu’on fonctionne en mode réaction, l’angoisse gagne toujours.
Mais si l’on parvient à s’arrêter une fraction de seconde pour reconnaître ce qui se passe, on bascule en mode maîtrise.

Cette micro-pause ouvre la porte à une stratégie :
- Accepter les sensations = sentir quelque chose sans paniquer, continuer votre vie.
- Diffuser la pensée = ne plus prendre la pensée au pied de la lettre (la rendre ridicule, la nommer, la mettre à la bonne distance…).
- Changer le film = vous raconter une histoire différente, plus juste, plus calme.
- Agir selon vos valeurs = faire ce qui compte vraiment, même si l’angoisse essaie de vous retenir.
C’est exactement l’approche ACT en action : flexibilité psychologique = liberté intérieure. Cette formule résume parfaitement la transformation proposée par le Dr Presles. On ne supprime pas l’angoisse par magie, on apprend à danser avec elle différemment, jusqu’à ce qu’elle perde son emprise.
6. Repérer et transformer ses croyances limitantes
Une fois l’angoisse apaisée, d’autres pensées intrusives peuvent émerger :
- « Je ne compte pas »
- « Je ne mérite pas d’être aimé »
- « Je suis nul »
- « Je suis trop faible »

Le thérapeute propose alors une forme moderne de thérapie cognitive : le procès intérieur, où l’on joue tour à tour l’accusé, le procureur, l’avocat. Ce jeu de rôle transforme progressivement la manière dont on se parle intérieurement.
7. Décentrer la discussion pour qu’elle redevienne constructive
Le Dr Presles explique que, lorsqu’une relation est bloquée, il peut être utile d’ajouter un troisième point de référence qui n’est ni vous, ni l’autre personne, mais quelque chose qui vous dépasse tous les deux (ex : les patients, le couple, l’équipe).
Cela permet de sortir du face-à-face qui crispe et de prendre une décision plus juste. On passe en « relation triangulaire ». Cela peut être libérateur.

Changer de perspective pour sortir du tête-à-tête conflictuel.
Plutôt que « moi vs l’autre », il propose :
moi – l’autre / la relation / le couple / le patient / l’objectif commun.
Exemples :
- Un interne qui ose enfin dire à un infirmier senior ce qui aiderait le patient.
- Une femme qui pose une limite à son compagnon au nom de la santé de leur couple.
Changer la perspective change la relation, libère la parole et donne un objectif commun. On change de film, on place la caméra « ailleurs ».
Pourquoi ce livre est intéressant
Parce qu’il :
- démystifie totalement les crises d’angoisse
- propose une méthode concrète, simple, reproductible
- respecte la neurobiologie du stress
- s’appuie sur les thérapies les plus validées scientifiquement
- rend le lecteur autonome en six séances
Et surtout :
👉 il redonne immédiatement du pouvoir aux personnes anxieuses.
C’est un livre profondément utile, qui rejoint ton approche pragmatique de naturopathie : compréhension, outils concrets, autonomie, cohérence, douceur.
Conclusion : l’angoisse n’est pas un ennemi, c’est un signal mal traduit
Peut-être qu’en apprenant à dialoguer autrement avec la peur, on peut réellement se libérer de l’angoisse, parfois en quelques séances seulement.
Vous pouvez visionner la vidéo évoquée ici :